Construire en bois est-il une évidence qui coule de source ?

Si le bois peut paraître simple et évident dans son utilisation, il faut aussi savoir que c’est une matière naturelle et non inerte qui va évoluer dans le temps. Il va éventuellement se retrouver altéré lorsqu’il est utilisé en extérieur et laissé aux intempéries.
Pourquoi un ouvrage en bois va-t-il évoluer ?
Le bois était vivant avant d’être coupé et conserve en lui tous ses composants une fois transformé.
Ces derniers vont évoluer et entraîner sa dégradation au fil des ans si on ne s’en occupe pas. Il est donc essentiel de bien le comprendre afin de garantir sa bonne mise en œuvre et sa durabilité.
La nature même du bois va donc influer sur l’évolution de l’ouvrage dans le temps ?
En effet, l’essence utilisée, l’exposition de l’ouvrage et sa zone géographique vont être déterminantes pour la longévité de l’ouvrage, aux côtés des conditions de pose, de la protection et de l’entretien apportés.
Mais le bois reste du bois et, du moment qu’on lui apporte une finition, tout se passera bien ?
Absolument pas. Selon l’essence choisie, la donne de départ n’est pas la même. Il existe des bois durs, des bois tendres, mais aussi des bois exotiques durs et denses. Chacun d’eux, comme la peau de notre visage, exige une protection adaptée.
L’essence utilisée aura donc un impact sur l’ouvrage ?
En effet, certains bois sont tendres et poreux et demandent une finition garnissante. D’autres, plus durs et plus denses, comme les bois exotiques ou certains feuillus, ont besoin d’une protection très imprégnante.
Y a-t-il un type de finition que vous recommandez en tant que fabricant ?
Il existe plusieurs sortes de protections à adapter aux besoins. Les saturateurs sont souvent les meilleurs candidats pour faire traverser le temps aux ouvrages bois.
Grâce à leurs qualités d’imprégnation, ils pénètrent dans le bois, le nourrissent et le protègent de l’intérieur. Ils ne laissent pas de film en surface, ce qui permet d’éviter les risques d’écaillement.
Avec la demande croissante de bois, observe-t-on une évolution des bois utilisés ?
Face à l’augmentation des besoins, les ressources ne peuvent pas toujours répondre aux volumes attendus. Allant de pair avec la tension sur la demande, en tant que professionnels, nous avons vu apparaître sur nos chantiers plusieurs problématiques avec un dénominateur commun : des bois trop jeunes ou dont la pousse a été trop rapide, entraînant des problèmes de tanins, de densité et/ou de surcharge en huile naturelle, en particulier avec certains bois exotiques… Ces phénomènes influent aussi sur la longévité des bois et celle de leurs protections.
Que se passe-t-il avec un bois exotique ayant poussé trop vite ?
Lorsqu’un bois exotique a poussé trop vite, sa structure interne se trouve modifiée. Il est moins dense, moins dur et souvent plus poreux. Il devient alors plus sensible que d’ordinaire aux déformations et aux agressions des intempéries. Il va falloir adapter le choix de la protection pour pallier ces changements.
L’architecte, l’artisan et le particulier bricoleur ont-ils conscience de ces évolutions dans la maturité et la qualité des bois proposés ?
Souvent, les utilisateurs finaux n’ont pas connaissance, au moment du choix de leur bois, du risque d’être en présence d’un bois exotique coupé trop tôt et choisissent leur finition uniquement en fonction de l’essence. C’est là que les problèmes apparaissent, car une finition dédiée aux bois exotiques correspond à des bois durs et ne va pas protéger de la même façon une essence exotique n’ayant pas bénéficié de conditions de pousse optimales et se retrouvant, de fait, plus poreuse.
Quel est le risque principal ?
Les saturateurs ne travaillent pas de la même façon avec toutes les essences : de la maturité et de la qualité du bois dépend une protection optimale. Si le bois ne répond pas aux spécificités du produit, celui-ci n’agit pas de façon optimale et la durabilité s’en trouve diminuée, car la protection attendue ne se met pas en place. Il faut donc s’assurer de la qualité des bois exotiques choisis. Il est important, lorsque l’on constate que la protection choisie n’est pas adaptée, de réagir dès les premières maintenances pour assurer la pérennité du matériau.
Et lorsque les bois sont coupés trop tôt, quelles peuvent être les conséquences ?
Un bois coupé trop tôt n’a pas eu le temps d’éliminer ses sécrétions. Lors de la saturation peuvent alors apparaître des taches créant des effets disgracieux. Un bois exotique, par exemple, qui serait gorgé d’huiles rouges deviendra encore plus rouge après une phase de saturation.
Le problème ne se retrouve pas qu’avec les essences exotiques. Des feuillus comme le chêne ou le châtaignier qui n’ont pas eu le temps de maturer correctement seront aussi en difficulté, avec des remontées de tanins souvent très foncées.
Comment explique-t-on ces phénomènes ?
Les bois doivent avoir le temps, après leur coupe, de dégorger leurs exsudats tanniques, huileux ou résineux. Cette phase peut prendre plusieurs mois et, si elle n’est pas respectée, les sécrétions ressortent après l’application du saturateur qui, en pénétrant dans le bois, provoque l’action mécanique de leur remontée.
Ainsi, les bois trop jeunes comportent des exsudats qui finissent toujours par dégorger d’une manière ou d’une autre, mettant en danger la durabilité et l’esthétique de la finition appliquée.
Il est donc indispensable de connaître la maturité des bois utilisés pour un ouvrage avant de décider de sa protection.
Trop chaud, trop sec, trop vite, moins de longévité…
Nous faisons face de plus en plus régulièrement à des périodes de fortes chaleurs, quels sont les enjeux en matière d’application ?
Lorsque l’on applique par une température trop élevée, c’est-à-dire lorsque la température extérieure et/ou celle du support est supérieure à 30 °C, le principal risque réside dans la diminution drastique de la longévité de la finition ou dans son inefficience.
Comment la chaleur influe-t-elle sur le produit ?
Avec une chaleur trop importante, les molécules présentes dans le produit vont réagir violemment, se désagréger et devenir inopérantes. Les éléments actifs de la composition pour la protection contre les UV sont notamment les plus fragiles et risquent de perdre leur fonction.
Ainsi, par fortes chaleurs, l’efficacité d’un saturateur, qu’il soit solvanté ou en phase aqueuse, est très largement diminuée.
Comment se manifestent les effets secondaires liés à une chaleur d’application trop importante ?
Avec une température trop élevée, les mécanismes de séchage et d’imprégnation sont perturbés. À ce moment-là, la finition n’a pas le temps de faire corps avec le support, ni de pénétrer et d’imprégner correctement, et ne peut pas assurer son rôle protecteur.
Parfois, l’évaporation des solvants peut être si intense que le produit peut tout simplement ne pas vraiment pénétrer et rester en surface en formant un film, ce qui est l’opposé de la fonction d’un saturateur et engendre des risques d’écaillage.
Il arrive aussi que le séchage en surface soit si rapide qu’il crée une pellicule qui bloque les transferts entre le produit et l’air et perturbe, voire bloque, son séchage.
En matière de longévité, les supports protégés avec une finition appliquée en période de canicule vont fariner de façon précoce.
Protection des bois en période de fortes chaleurs : pouvez-vous nous donner la marche à suivre ?
Toujours intégrer le temps de séchage en plus de celui d’application avant de commencer. Pour être dans de bonnes conditions, l’application et le séchage doivent se dérouler dans des plages de températures acceptables.
Commencer à travailler aux heures les plus fraîches, souvent très tôt le matin. Et ne pas oublier qu’un support à 20 °C, à 8h00 du matin, peut prendre 5 degrés par heure et se retrouver à 30 °C à midi.
Il faut impérativement prendre en compte l’exposition du support à protéger, qui ne doit pas se retrouver en plein soleil au moment du séchage.
Avec un saturateur, il faut prévoir de travailler frais sur frais et par petites zones. La zone d’application choisie doit permettre d’appliquer la seconde couche avant le séchage de la première. Ainsi, plus il fait chaud, plus la zone d’application doit être réduite. Il ne faut pas hésiter à fractionner son chantier pour appliquer toujours dans de bonnes conditions.
Avec une lasure, il faut s’assurer que l’application et les premières heures du séchage se déroulent à des températures clémentes. Puis, il faut ajuster les temps de recouvrement en fonction de ceux recommandés sur la fiche technique, mais aussi des conditions météo, et ne pas hésiter à les repousser de quelques heures.
Tribune de David Veyrat, Ingénieur service technique et formulation, Durieu Groupe (LinkedIn).