Après deux années de dégradation, les retards de paiement reculent en France. Au deuxième trimestre 2026, ils s’établissent à 12,3 jours en moyenne, contre 14,1 jours un an auparavant, selon le dernier panorama publié par Altares.
Près d’une entreprise sur deux, soit 49,7 %, règle désormais ses fournisseurs à l’échéance, contre 45,2 % au deuxième trimestre 2025. La part des retards supérieurs à 30 jours tombe parallèlement à 7,5 %.
Les chiffres clés12,3 jours de retard moyen en France, contre 14,1 jours un an plus tôt 49,7 % des entreprises règlent leurs fournisseurs à l’échéance 7,5 % des entreprises enregistrent des retards supérieurs à 30 jours 8 jours de retard moyen dans le bâtiment Près de 26 jours de retard moyen dans la promotion immobilière |
Pour Thierry Millon, directeur des études d’Altares, cette évolution pourrait marquer le retour à une discipline de paiement plus rigoureuse. Il estime que les préparatifs liés à la facturation électronique incitent les organisations à moderniser leurs processus et à améliorer la qualité de leurs données. Le durcissement du cadre réglementaire à l’égard des mauvais payeurs pourrait également contribuer à cette évolution.
La France repasse sous la moyenne européenne
Avec 12,3 jours de retard, la France fait désormais mieux que la moyenne européenne, revenue à 13,1 jours contre 14 jours un an auparavant. La part française des retards supérieurs à 30 jours, limitée à 7,5 %, est également inférieure à la moyenne européenne de 8,8 %.
Les écarts entre pays restent toutefois considérables. Les Pays-Bas affichent les meilleurs résultats, avec 82,7 % des entreprises réglant leurs fournisseurs à l’heure et un retard moyen de 2,9 jours. L’Allemagne atteint 64,1 % de paiements à échéance et un retard de 6,5 jours, tandis que la Belgique se maintient à 10,2 jours.
Le Royaume-Uni poursuit également son amélioration, avec 11,2 jours de retard et plus de six entreprises sur dix payant à l’heure.
À l’autre extrémité du classement, le Portugal enregistre un retard moyen de 23,3 jours et seulement 21,2 % de règlements à l’échéance. L’Italie reste à 16,3 jours et l’Espagne repasse au-dessus de 14 jours. L’Irlande connaît la dégradation la plus importante : son retard atteint 15,8 jours, contre 12,7 jours un an auparavant, et près de 12 % des entreprises y dépassent 30 jours de retard.
Les TPE et les petites PME portent l’amélioration
En France, les plus petites entreprises présentent les comportements de paiement les plus favorables. Les très petites entreprises de 1 à 9 salariés ramènent leur retard moyen à 11,7 jours, soit un gain de près de deux jours sur un an.
Les PME de 10 à 49 salariés obtiennent un résultat encore meilleur, avec 11,1 jours de retard contre 13 jours un an auparavant. Cette ponctualité intervient alors même que leurs trésoreries sont généralement plus sensibles aux règlements tardifs de leurs propres clients.
Les délais augmentent ensuite avec la taille des structures :
- 13,4 jours pour les organisations de 50 à 249 salariés ;
- 15,3 jours pour celles de 250 à 999 salariés ;
- 19,6 jours pour les entreprises de plus de 1.000 salariés.
L’écart entre les petites entreprises et les plus grandes structures approche ainsi huit jours. Même si les grands donneurs d’ordres réduisent leurs retards, ils continuent de reporter une partie de leur pression financière sur leurs fournisseurs.
Le secteur public reste au-dessus du privé
Les entreprises privées affichent un retard moyen de 11,7 jours au deuxième trimestre 2026. Elles retrouvent ainsi un niveau proche de celui observé avant la dégradation intervenue à partir de la fin de l’année 2024.
Les sociétés commerciales et les entrepreneurs individuels se situent autour de 11,6 jours. Les associations restent au-dessus de 13 jours, avec des tensions plus marquées dans les structures sportives et culturelles.
Le secteur public progresse également, mais son retard moyen atteint encore 14 jours, soit plus de deux jours de plus que dans le privé. Les situations varient fortement selon les organismes.
Les établissements publics à caractère industriel ou commercial repassent légèrement sous 15 jours, gagnant deux jours en un an. Les collectivités territoriales limitent leur retard à 12,7 jours, même si les plus grandes collectivités affichent généralement des délais supérieurs.
Les hôpitaux enregistrent en revanche plus de 24 jours de retard au-delà du délai réglementaire maximal de 50 jours applicable aux établissements publics de santé. Pour leurs fournisseurs, notamment les entreprises chargées de travaux, de maintenance ou d’équipements, le délai réel peut donc dépasser largement deux mois.
Le bâtiment parmi les meilleurs payeurs
La construction confirme sa place parmi les secteurs les plus ponctuels de l’économie française. Les entreprises du bâtiment limitent leur retard moyen à 8 jours, tandis que les travaux publics repassent sous le seuil des 12 jours.
La situation est sensiblement différente dans la promotion immobilière, où le retard moyen approche 26 jours. Ce niveau illustre les tensions persistantes qui pèsent sur ce marché et sur les relations avec les entreprises de travaux, fournisseurs et prestataires.
Les activités industrielles liées au BTP présentent également des délais relativement contenus. Le bois et les matériaux de construction affichent 8,8 jours de retard, la réparation-maintenance 9,1 jours, les machines et équipements 9,4 jours et la métallurgie-mécanique 9,8 jours.
Dans le commerce interentreprises, les fournisseurs de machines, d’équipements et de matériaux destinés à l’industrie et à la construction restent proches de 10 jours de retard moyen.
Des écarts atteignant plusieurs semaines selon les activités
Les comportements de paiement diffèrent fortement dans les autres secteurs :
- Commerce et réparation automobile : 10,2 jours en moyenne, avec 7,4 jours pour les enseignes de sport et loisirs, 8,5 jours pour le bricolage et l’équipement du foyer, 11,4 jours pour le commerce alimentaire et 13 jours pour l’habillement ;
- Services aux entreprises : 26,9 jours pour la sécurité, 23 jours pour la production de films ou de sons, 22 jours pour la diffusion de programmes, plus de 17 jours dans le voyage, 17,9 jours pour les éditeurs de logiciels et 15,5 jours pour les services informatiques ;
- Transports : 14,5 jours pour le transport routier de marchandises et 14,4 jours pour le transport de voyageurs, après des niveaux nettement plus élevés en 2025 ;
- Hébergement-restauration : 15,8 jours dans la restauration, tandis que les débits de boissons et l’hébergement reviennent légèrement au-dessus de 11 jours ;
- Services aux particuliers : 15,2 jours pour la coiffure, les soins de beauté et le bien-être, contre environ 25 jours en 2025, et 8,8 jours pour les activités de réparation ;
- Agriculture : plus de 13 jours dans l’élevage et plus de 14 jours dans les activités de culture ;
- Santé et action sociale : respectivement 15,1 et 13,4 jours ;
- Culture et enseignement : un peu plus de 16 jours pour les activités culturelles et 13,5 jours pour l’enseignement.
Une amélioration encore fragile
Altares invite les entreprises à ne pas relâcher leur vigilance. Malgré le redressement constaté, le retard national reste supérieur aux niveaux observés avant la crise sanitaire, lorsqu’il était descendu sous 11 jours en 2018.
« Le redressement observé ne doit pas conduire à relâcher l'attention pour autant. À plus de 12 jours, le retard moyen reste éloigné des performances observées avant la crise sanitaire, lorsqu'il était tombé sous 11 jours en 2018. Dans un contexte où les perspectives économiques demeurent fragiles, entre tensions commerciales, instabilité géopolitique et défaillances d'entreprises toujours à des niveaux élevés (plus de 71.700 à fin août), la capacité à inscrire cette amélioration dans la durée constituera le véritable test de résilience du tissu économique français. » conclut Thierry Millon, directeur des études d’Altares.
Méthodologie de l’étude
Le programme DunTrade®, développé par Altares et les membres du réseau Dun & Bradstreet, collecte les informations issues de la comptabilité clients de 15.000 sociétés participantes. Les retards sont mesurés par rapport aux échéances contractuelles convenues entre fournisseurs et clients.
À l’échelle européenne, l’étude s’appuie chaque année sur plus de 600 millions d’expériences commerciales réelles. En France, 30 millions de relations de paiement sont analysées, couvrant les comportements de plus de 2,7 millions d’entreprises.