Eu égard au contexte actuel, le think tank propose une trajectoire alternative permettant d’atteindre les objectifs climatiques pour un coût additionnel réduit de moitié. Cette stratégie permettrait d’économiser plus de 8 milliards d’euros par an, tout en garantissant la sortie des énergies fossiles des logements au plus tard à l’horizon 2050.
Pour Dominique Bussereau, ancien ministre et président d’Equilibre des Energies : « Victime de sa forte ambition et du contexte économique, la stratégie de rénovation énergétique des logements semble difficilement soutenable. Il est impératif de recentrer l’action publique sur l’essentiel : la sortie des énergies fossiles. Avec cette étude, Équilibre des Énergies propose une trajectoire crédible, conciliant impératif climatique et soutenabilité économique et sociale. »
La stratégie officielle : ambitieuse mais hors d’atteinte
La stratégie actuelle vise à porter l’ensemble du parc de logements à la classe B du DPE d’ici 2050, en combinant sortie des énergies fossiles et isolation thermique poussée à un niveau d’excellence.
Cette ambition est légitime mais sa mise en œuvre se heurte à de grosses difficultés de financement et les résultats obtenus restent bien en deçà des attentes.
Selon Équilibre des Énergies, elle nécessiterait un investissement d’environ 790 milliards d’euros d’ici 2050, soit 31,6 milliards d’euros par an, à comparer aux 15 milliards d’euros[1] mobilisés chaque année, publics et privés confondus.
Un tel niveau d’investissement n’est pas atteignable, au regard de la situation budgétaire de l’État et des capacités financières des ménages. Dans ces conditions, il est peu réaliste de vouloir simultanément une réduction drastique des consommations et une sortie complète des énergies fossiles à un horizon aussi rapproché que 2050.
Une stratégie alternative à 210 milliards d’euros d’économies
Équilibre des Énergies plaide pour une stratégie de rénovation plus ciblée, alignée sur les moyens réellement mobilisables et fixant comme objectif prioritaire, à la fois climatique, économique et stratégique : sortir des énergies fossiles du secteur des logements d’ici 2050.
Cette trajectoire pragmatique vise à atteindre le zéro émission à moindre coût, en combinant :
- le remplacement systématique des systèmes énergétiques fossiles par des systèmes bas-carbone ;
- des gestes ciblés de rénovation du bâti, lorsqu’ils sont économiquement pertinents.
En se référant au DPE actuel, cette stratégie vise l’atteinte de la classe C du DPE (Étiquettes Climat B et Énergie C). Elle permettrait d’atteindre un parc de logements zéro émission à l’horizon 2050 pour un coût total de 575 milliards d’euros sur 25 ans, soit 23 à 25 milliards d’euros par an, en économisant 210 milliards, soit 7.000 € par logement[2].
Vers une électrification progressive du chauffage
Dans la lignée des orientations portées par les pouvoirs publics, Équilibre des Énergies anticipe une substitution massive des équipements fossiles par des solutions reposant sur une électricité décarbonée, au premier rang desquelles les pompes à chaleur appelées à remplacer les chaudières fossiles encore présentes dans 42 % des logements.
Compte tenu des limites de la ressource en biomasse et des incertitudes pesant sur le coût du biogaz pour les ménages, Équilibre des Énergies estime que le parc actuel d’environ 10 millions de logements chauffés au gaz devra fortement diminuer.
À terme, ces équipements ne seront maintenus que dans les situations où les alternatives décarbonées ne sont pas techniquement ou économiquement envisageables, soit tout au plus, deux millions de logements selon les estimations du think tank.
Une telle évolution doit faire l’objet d’une stratégie pluriannuelle de repli du gaz, acceptable sur le plan énergétique, industriel et humain. Équilibre des Énergies appelle les pouvoirs publics à la construire.
Repenser les priorités
Équilibre des Énergies alerte sur les risques sociaux associés à la trajectoire actuelle d’interdiction de mise en location des logements classés F et E. La mise en œuvre de ces mesures pourrait fragiliser le marché locatif et créer de fortes tensions sur l’offre de logements, sans garantie d’efficacité climatique proportionnée.
Le think tank préconise en conséquence de confirmer l’éradication des logements les plus énergivores (classe G) au plus tard d’ici 2035, mais propose, pour les autres segments du parc, la création d’une zone grise regroupant les 43 % de logements nécessitant un traitement prioritaire, ainsi que la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments y invite.
Pour télécharger l’étude : ICI et son résumé : ICI
[1] Source : Panorama des financements climat. I4CE (septembre 2025)
[2] Sur la base de 30 millions de résidences principales en 2024 en France – source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8251576
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