Suite à notre article consacré aux évolutions de la RE2020 applicables depuis le 1er mars 2026, qui marque un nouveau durcissement des exigences carbone et une adaptation des pratiques pour les professionnels, plusieurs acteurs de terrain ont souhaité réagir. Parmi eux, des bureaux d’études thermiques alertent sur les difficultés concrètes de mise en œuvre et les dérives observées.
« Nous faisons les choses sérieusement… sans être valorisés »
C’est le cri d’alerte d’une gérante de bureau d’études thermique (BET) certifié OPQIBI 1331 1332 1905 1911, dont l’activité est centrée sur la RE2020 et les ACV.
Si elle reconnaît la pertinence des évolutions réglementaires, elle pointe un décalage croissant entre les exigences théoriques et la réalité du terrain :
« Nous nous employons à appliquer ces évolutions depuis le début. Mais nous ne sommes pas aidés par le système. »
Au cœur du problème : la pédagogie auprès des particuliers, souvent difficile.
« Le bilan carbone est perçu comme une contrainte supplémentaire. Nous passons beaucoup de temps à l’expliquer à nos clients. »
Des contrôles jugés insuffisants
Le témoignage met en cause le rôle de certains intervenants clés du processus : diagnostiqueurs, contrôleurs RE2020 et opérateurs de tests d’étanchéité.
Selon cette professionnelle, ces acteurs ne vérifieraient pas systématiquement la réalisation de l’ACV en amont :
« Ils ne s’assurent pas que le bilan carbone soit fait avant d’intervenir. Les clients ne sont informés qu’au moment de l’attestation de fin de chantier. »
Résultat : des situations d’urgence où les bureaux d’études doivent intervenir dans des délais très courts pour régulariser les dossiers.
Elle appelle également à une responsabilisation accrue des organismes certificateurs :
« Le contrôle de l’ACV devrait être sérieux et systématique. »
Une problématique partagée par d’autres BET
Un autre bureau d’études, basé en région Auvergne-Rhône-Alpes, confirme ces dérives :
« On voit passer des ACV très théoriques, parfois copiées-collées d’un projet à l’autre. Ça décrédibilise totalement la démarche. »
Selon lui, l’absence d’harmonisation des pratiques crée une concurrence biaisée :
« Ceux qui prennent le temps de faire une vraie étude sont pénalisés face à ceux qui industrialisent. »
Le point de vue d’un diagnostiqueur : « le cadre reste flou »
Du côté des diagnostiqueurs immobiliers, le constat est plus nuancé.
L’un d’eux reconnaît toutefois un manque de clarté dans les responsabilités :
« On nous demande de plus en plus de choses, mais le cadre n’est pas toujours limpide sur qui doit vérifier quoi. »
Il souligne également une pression sur les délais :
« Sur les fins de chantier, tout le monde est dans l’urgence. On fait au mieux, mais ce n’est pas idéal. »
Des maîtres d’ouvrage parfois perdus
Côté particuliers, la complexité de la RE2020 est également pointée.
Un maître d’ouvrage ayant récemment construit sa maison témoigne :
« On découvre les obligations au fur et à mesure. L’ACV, je ne savais même pas ce que c’était au départ. »
Il regrette un manque d’accompagnement global :
« Chaque intervenant parle de son sujet, mais personne ne donne une vision d’ensemble. »
Une concurrence jugée déloyale
Le secteur fait face à une pression économique croissante, liée à plusieurs facteurs :
- l’arrivée des diagnostiqueurs immobiliers sur des missions historiquement réservées aux BET (audits, études),
- la complexification du neuf, qui freine les projets,
- et surtout la montée en puissance d’offres en ligne à très bas coût.
« Des études à 200 €, nous ne pouvons pas rivaliser. »
Conséquence directe : une chute d’activité significative.
« Nous avons perdu 40 % de chiffre d’affaires, en neuf comme en rénovation. »
Les organismes de certification appelés à réagir
Un représentant d’un organisme de certification, interrogé sur ces critiques, reconnaît des marges d’amélioration :
« La montée en charge de la RE2020 est encore récente. Des ajustements sont nécessaires pour garantir l’homogénéité des pratiques. »
Il insiste toutefois sur la responsabilité collective :
« La qualité dépend aussi de la rigueur de chaque acteur de la chaîne. »
Une profession à un tournant
Pour de nombreux BET, l’enjeu dépasse la simple adaptation réglementaire.
« Si rien ne change, ce sont les structures les plus sérieuses qui vont disparaître. »
Entre exigences accrues, manque de contrôle harmonisé et pression sur les prix, la filière doit trouver un équilibre pour préserver la qualité des études tout en restant économiquement viable.
Un enjeu pour toute la filière
Ce débat met en lumière une question centrale : comment garantir la crédibilité de la RE2020 sur le terrain ?
Harmonisation des pratiques, clarification des rôles, renforcement des contrôles…
Autant de leviers identifiés pour éviter que la performance environnementale ne devienne une simple formalité administrative.
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