Après trois mois et demi de guerre au Moyen-Orient et une quarantaine de « deals imminents » annoncés par Donald Trump, un accord de paix, validé par l’Iran, a enfin été signé avec les Etats-Unis. Dès l’annonce de celui-ci mi-juin, le prix du baril de Brent est redescendu sous les 80 € après un pic à 120 € fin avril.
Le déblocage du détroit d’Ormuz et la normalisation progressive de la situation devraient contribuer à apaiser les tensions inflationnistes et la pression sur les taux d’intérêt. Mais, pour la filière construction, le premier semestre aura été marqué par une succession de facteurs défavorables.
Intempéries, tensions géopolitiques, hausse des prix du pétrole, remontée des taux et cycle électoral municipal ont pesé sur la dynamique de sortie de crise immobilière enclenchée en 2025. Dans ce contexte, l’activité des matériaux de construction peine à retrouver de l’élan et demeure baissière à fin avril.
L’issue favorable du conflit iranien permettra-t-elle, au cours des prochains mois, de réduire l’attentisme, de ranimer la confiance et de restaurer les conditions financières nécessaires à la solvabilisation des projets ? La question reste ouverte.
Un mois d’avril atone pour les matériaux
Alors que 2026 s’annonçait sous de meilleurs auspices, l’activité des matériaux a finalement marqué le pas au cours des quatre premiers mois de l’année, sous l’effet conjugué des intempéries de janvier-février puis du conflit iranien.
Après un modeste rebond en mars, la production de granulats aurait reculé de 3,4% en avril par rapport à mars, selon les premières estimations, parvenant tout juste à se stabiliser sur un an (-0,3%, données CVS-CJO).
Sur les trois derniers mois connus, l’activité perd 2,7% par rapport aux trois mois précédents et cède 3,1% en glissement annuel. En cumul sur les quatre premiers mois de 2026, la production se replie de 2,4% sur un an, soit un rythme légèrement supérieur au cumul glissant sur douze mois (-2,2%).
Côté béton prêt à l’emploi, malgré une hausse en mars puis en avril (+0,9% par rapport à mars, données CVS-CJO), les volumes ne décollent pas par rapport à ceux d’il y a un an (-0,3%). Les livraisons demeurent en recul de 4,2% sur février-mars-avril par rapport aux trois mois précédents, et de 3,7% en comparaison de la même période de l’an passé.
La tendance baissière sur le quadrimestre est ainsi plus prononcée que celle observée sur le cumul des douze derniers mois (-3,1% contre -2,3%), confirmant le décrochage du début d’année.
L’indicateur matériaux, encore provisoire pour mars, s’est raffermi de 3,6% après deux replis en janvier et février. Avec un indice à 84,2, il s’inscrit en hausse de 1,4% sur un an. Toutefois, l’activité du panier de matériaux affiche un repli de 2,3% au premier trimestre 2026 par rapport au quatrième trimestre 2025, et tend seulement à se stabiliser sur un an (-0,3%).
L’activité des matériaux de la filière minérale patine donc toujours. En cumul glissant sur douze mois, la tendance reste baissière, à -0,6%, soit le même rythme que celui constaté un an plus tôt.
Logement : une reprise encore fragile
Dans le bâtiment, la dynamique positive enclenchée en 2025 marque le pas. La dernière enquête menée par l’INSEE en mai traduit certes une légère amélioration du climat des affaires, mais celle-ci provient surtout du second œuvre.
Dans le gros œuvre, en revanche, le solde d’opinion sur l’activité passée et future ainsi que les carnets de commandes se dégradent plutôt, un constat également partagé par l’enquête de la Banque de France.

Pourtant, malgré un niveau encore bas, la construction neuve poursuit son redressement. Les derniers chiffres du ministère à fin avril montrent que le nombre de logements mis en chantier progresse de plus de 37% en cumul depuis janvier par rapport aux quatre premiers mois de 2025. Avec 290.841 unités, le niveau des logements commencés sur un an reste toutefois 15% en dessous de la moyenne des cinq dernières années.
Du côté du non résidentiel, les surfaces commencées sont également en hausse, mais plus modestement. Partant de très bas, elles affichent +3% sur un an au cours des quatre premiers mois de l’année, dont +8% sur les trois mois de février à avril et +7,6% en cumul sur douze mois, pour un total de 21,185 millions de m².

Ces évolutions contrastent avec celles des productions de matériaux, qui peinent encore à décoller. Au-delà de dynamiques territoriales contrastées, ce décalage peut traduire des délais de latence plus longs entre les démarrages de chantier, les mises en œuvre opérationnelles et les engagements de commandes.
Dans un contexte perturbé et incertain, où l’attentisme reste fort, la diffusion de la reprise vers le secteur des matériaux semble donc retardée.
Permis, promotion immobilière et maisons individuelles : des signaux contrastés
La diffusion du choc énergétique consécutif au conflit iranien pourrait à terme peser sur la vigueur des autorisations et ouvertures de chantiers.
Pour l’heure, le nombre de permis logements continue de progresser de 12% sur un an au cours des quatre premiers mois de l’année, un rythme surtout porté par l’individuel (+22%). Le cumul des autorisations sur un an, avec 384.539 logements à fin avril, progresse de 16% sur un an mais reste environ 6% en deçà du niveau moyen des cinq années précédentes.
Pour les locaux, les surfaces autorisées reculent de 4,1% en cumul sur douze mois à fin avril, malgré une hausse de 2% en glissement annuel au cours des trois derniers mois.
En amont, les dernières tendances du marché de la promotion immobilière et de la maison individuelle suggèrent un possible ralentissement de l’activité constructive.
Chez les promoteurs, malgré une hausse des transactions de logements neufs de 4% entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, leur niveau stagne par rapport au premier trimestre 2025. En cumul annuel glissant, le marché recule de près de 6%, avec 65.294 réservations sur l’année.
Le décrochage des ventes aux particuliers concerne surtout les primo-accédants, tandis que la demande des bailleurs sociaux subit également une forte contraction.
Chez les constructeurs de maisons individuelles, le freinage des ventes en diffus se confirme. Selon le bulletin Markemétron d’avril, les turbulences internationales ont précipité l’atterrissage du marché, qui ne progresse plus que de 5,6% sur un an au cours des quatre premiers mois de l’année, contre +33% il y a un an.
Même si les ventes sur les douze derniers mois glissants gagnent encore 23% à fin avril, les professionnels anticipent une poursuite du ralentissement, avec des transactions qui atteindraient au mieux 72.000 unités en 2026, contre 68.000 en 2025.
Le crédit neuf reste actif, mais la solvabilité se tend
La production de crédits dans le neuf, mesurée en niveau trimestriel, recule de 6% sur un an en mai, et de 2,5% en nombre de prêts. Il y a un an, elle progressait respectivement de 40,5% et 54,6%.
Pour autant, le marché des crédits du neuf reste actif. En cumul sur douze mois glissants, il affiche une hausse de 12,6% en production et de 16,1% en nombre de prêts.
La moindre solvabilité de la demande explique cependant les inflexions observées. La hausse de l’inflation, à 2,4% en mai, liée au choc sur les prix des carburants, a rogné le pouvoir d’achat des ménages dans un contexte où les prix de l’immobilier neuf restent élevés et où le coût du crédit s’est tendu.
Amorcée avant la crise iranienne, la remontée des taux d’intérêt est toutefois restée mesurée, les banques ayant choisi d’absorber une partie du choc sur leurs marges. En mai, le taux moyen pour l’accession s’établissait à 3,25%, selon l'Observatoire Crédit Logement, soit 20 points de base de plus que le point bas de juin 2025.
Le relèvement ponctuel des taux directeurs de la BCE, de 25 points de base en juin, pourrait toutefois conduire les banques à modérer leurs efforts commerciaux.
Travaux publics : une succession de facteurs négatifs
Dans les travaux publics, la situation reste également dégradée. Selon la dernière enquête de la FNTP, l’activité aurait de nouveau reculé en avril, perdant 4,8% sur un mois et 11,5% sur un an en volume.
Ce repli fait écho à la contraction des commandes, qui s’établissent 15% en dessous de celles d’il y a un an, avec un recul de près de 18% sur les quatre premiers mois de 2026.
Au contre-coup des élections municipales s’ajoute la hausse des coûts de production liée à la crise iranienne. L’indice TP01 a ainsi progressé de 3,1% entre février et mars, dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires restent très limitées.
Une reprise encore suspendue à la confiance et aux conditions financières
Pour l’ensemble de la filière matériaux, les prochains mois seront donc décisifs. La détente du prix du pétrole et l’apaisement des tensions géopolitiques pourraient contribuer à alléger une partie des pressions sur les coûts et sur les taux.
Mais la reprise dépendra surtout de la capacité du marché à transformer les autorisations et mises en chantier en commandes effectives de matériaux. Tant que l’attentisme des ménages, des promoteurs, des collectivités et des maîtres d’ouvrage restera élevé, la sortie de crise restera fragile.
Pour les industriels des matériaux de construction, l’enjeu est désormais de savoir si la reprise immobilière amorcée en 2025 pourra réellement se diffuser à la production de granulats, au béton prêt à l’emploi, aux matériaux minéraux et, plus largement, à l’ensemble de la chaîne constructive.
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