L’amélioration attendue sur le marché des matériaux de construction n’a pas eu lieu au premier semestre 2026. L’extension du prêt à taux zéro (PTZ), les mesures de soutien au logement, le dispositif Jeanbrun et les conditions de financement proposées par les banques laissaient pourtant espérer un redémarrage de la demande.
Mais malgré le rebond des permis de construire et des mises en chantier, les commandes de matériaux n’ont pas suivi. Selon l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (UNICEM), la guerre en Iran et ses conséquences sur les prix, les coûts de production, les taux d’intérêt, le pouvoir d’achat et la confiance ont pesé sur les projets et les chantiers en cours.
Le secteur des travaux publics a également subi le contrecoup du cycle des élections municipales. À ces facteurs économiques et politiques se sont ajoutées des conditions météorologiques difficiles, avec d’importantes précipitations en janvier et février, puis plusieurs épisodes caniculaires en mai, juin et juillet.
Les chiffres clés du premier semestre−5,9 % sur un an pour les livraisons de béton prêt à l’emploi au deuxième trimestre 2026 −1,7 % sur un an pour la production de granulats au deuxième trimestre −21,4 % pour les prises de commandes dans les travaux publics de janvier à mai −3 à −5 % attendus pour la production annuelle de béton prêt à l’emploi −2 à −4 % attendus pour la production annuelle de granulats |
Le béton prêt à l’emploi décroche en mai et juin
La trajectoire de redressement des matériaux de construction a été interrompue par une succession de chocs. Après les tensions commerciales engagées par Donald Trump, le conflit israélo-palestinien et l’instabilité politique et institutionnelle de 2025, la première moitié de 2026 a été marquée par la guerre en Iran, le blocage du détroit d’Ormuz et des aléas climatiques d’une intensité inhabituelle.
Dans ce contexte, l’activité du béton prêt à l’emploi (BPE) s’est nettement dégradée. En juin, mois marqué par 14 jours de canicule, les volumes ont diminué de près de 5 % par rapport à mai et de 10 % par rapport à juin 2025, en données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables (CVS-CJO).
Sur l’ensemble du deuxième trimestre, les livraisons de BPE ont reculé de 3,6 % par rapport au trimestre précédent et de 5,9 % sur un an. En cumul sur douze mois à fin juin, la production affiche désormais une baisse de 3,3 %, contre −2,6 % six mois auparavant.
La production de granulats se contracte également
Du côté des granulats, l’activité extractive aurait diminué de près de 6 % en juin par rapport à mai et de 5,6 % par rapport à juin 2025, selon les données provisoires CVS-CJO de l’UNICEM.
Les volumes produits au deuxième trimestre ont reculé de 3,7 % par rapport au premier trimestre et de 1,7 % par rapport à la même période de 2025. En cumul sur douze mois glissants à fin juin, la production de granulats se contracte de 2,4 %, contre −1,3 % six mois plus tôt.
Les quinze jours de canicule au moins enregistrés en juillet laissent présager, selon l’UNICEM, de nouvelles statistiques mensuelles dégradées.
Source : UNICEM, enquête mensuelle. Données provisoires.
L’indicateur matériaux ne reflète pas encore les chocs les plus récents
Disponible jusqu’en avril, l’indicateur UNICEM des matériaux s’établissait alors à 85,6. Il progressait pour le deuxième mois consécutif, de 1,6 % par rapport à mars et de 3,7 % par rapport à avril 2025, en données CVS-CJO.
La tendance restait néanmoins presque stable sur les trois derniers mois, avec une baisse de 0,2 % par rapport au trimestre précédent et une hausse de 0,6 % sur un an. L’évolution atteignait également seulement +0,2 % entre janvier et avril et −0,3 % sur douze mois glissants.
Note méthodologique : l’indicateur matériaux, exprimé en base 100 en janvier 2021, mesure l’activité en volume d’un panier composé de granulats, de béton prêt à l’emploi, de produits en béton, de ciment, de tuiles et briques, de pierres de construction, de produits issus du façonnage de pierres et de mortiers. Il est construit à partir des indices mensuels de chiffre d’affaires de l’Insee, déflatés à l’aide de l’indice des prix de production et d’importation (IPPI), puis pondérés selon le poids de chaque catégorie dans le chiffre d’affaires total. Source : Insee, calculs UNICEM.
Le rebond des mises en chantier ne profite pas encore aux matériaux
Selon les enquêtes de conjoncture de l’Insee et de la Banque de France, l’activité du gros œuvre aurait légèrement progressé en juin. Après un mois de mai perturbé par les congés et la première canicule, un effet de « rattrapage » aurait été rendu possible par l’adaptation des horaires de travail, notamment durant la seconde moitié de juin.
Les perspectives pour juillet restaient toutefois moroses, en raison de carnets de commandes pénalisés par la faiblesse de la commande publique et le ralentissement de la construction de logements neufs.
Sur les cinq premiers mois de 2026, le nombre de logements commencés a progressé de 36,4 % sur un an, avec une hausse de 34,1 % dans l’individuel et de 38 % dans le collectif. En cumul sur douze mois glissants, l’augmentation atteint 19,4 %.
Le niveau demeure cependant faible. En rythme annuel, la tendance s’établit autour de 307.000 logements commencés, soit environ 50.000 unités de moins que la moyenne observée au cours des quarante dernières années.
Dans le secteur non résidentiel, les surfaces commencées ont progressé de 0,8 % sur un an au cours des cinq premiers mois de 2026, avec une hausse constatée dans plus d’une région sur deux. Elles augmentent de 6,8 % en cumul sur douze mois glissants, pour atteindre 20,975 millions de m².
Ces évolutions contrastent avec le recul persistant de la production de matériaux. Selon l’UNICEM, ce décalage pourrait notamment s’expliquer par le temps séparant l’ouverture administrative ou déclarée d’un chantier de ses commandes effectives : certains projets commencés peuvent connaître des reports de travaux ou d’approvisionnement. Les conditions climatiques et l’attentisme des opérateurs pourraient également contribuer à cette situation.
Les permis de construire et les ventes commencent à ralentir
La progression des autorisations de logements tend à s’essouffler. Entre janvier et mai 2026, leur nombre a encore augmenté de 10,5 % sur un an, avec une hausse de 6 % dans le collectif et de 18,1 % dans l’individuel. Sur douze mois glissants, les permis de construire des logements progressent de 14,8 %.
Pour les locaux non résidentiels, les surfaces autorisées ont en revanche reculé de 6 % sur un an au cours des cinq premiers mois et de près de 5 % sur douze mois glissants.
Plusieurs indicateurs situés en amont de la construction témoignent également d’un ralentissement. Les réservations de logements neufs par les particuliers se sont presque stabilisées au premier trimestre, avec une baisse limitée à 0,1 % sur un an, mais elles reculent de 6 % en cumul sur quatre trimestres.
Dans le même temps, les mises en vente des promoteurs ont chuté de 31,3 % sur un an en début d’année, illustrant leur prudence face à l’évolution du marché.
Dans le secteur de la maison individuelle en diffus, les ventes ont diminué de 10,1 % sur un an en mai, selon Markemétron. Sur les cinq premiers mois de 2026, elles ne progressent plus que de 2,3 %, contre +34 % un an auparavant, après une baisse de 1,7 % au cours des trois derniers mois.
Les constructeurs tablent désormais sur une stabilisation du marché en 2026 à son niveau de 2025, soit au mieux 70.000 ventes. Ce volume resterait très inférieur à la moyenne de long terme, estimée autour de 120.000 ventes annuelles.
Le nombre de prêts accordés recule dans le neuf
La perte de pouvoir d’achat liée à la hausse des prix des carburants, les incertitudes économiques et le niveau toujours élevé des prix du neuf ont pesé sur les projets immobiliers des ménages et leur recours au crédit.
La remontée des taux est restée relativement limitée : le taux moyen des crédits immobiliers atteignait 3,26 % en juin 2026, contre 3,06 % en juin 2025.* Malgré la stabilité observée ces derniers mois sur le marché du neuf, le nombre de prêts accordés a diminué de 14,3 % sur un an au deuxième trimestre.
Sur douze mois glissants, leur progression est ainsi ramenée à 9 %, contre 41 % un an plus tôt.
* Source : Observatoire Crédit Logement/CSA, analyse du marché des crédits immobiliers au deuxième trimestre 2026.
Les travaux publics anticipent une baisse de 8 % en 2026
La conjoncture des travaux publics s’est également dégradée au premier semestre. Au contrecoup des élections municipales et aux contraintes budgétaires s’est ajoutée la hausse des coûts de production, notamment sous l’effet de l’augmentation des prix des carburants.
À fin mai, les prises de commandes affichaient une baisse de 21,4 % sur un an depuis janvier, en volume. Les facturations reculaient parallèlement de 7,1 %. Face à cette dégradation, les professionnels des travaux publics anticipent désormais une contraction de 8 % de leur activité en volume sur l’ensemble de l’année 2026.
De nouvelles baisses attendues pour le BPE et les granulats
Les pertes d’activité enregistrées au premier semestre et en juillet, sous l’effet des intempéries et des conséquences de la guerre en Iran, conduisent l’UNICEM à revoir ses perspectives pour 2026.
La production de béton prêt à l’emploi pourrait se contracter de 3 à 5 % en données brutes sur l’année. Celle des granulats diminuerait de 2 à 4 %, ramenant les volumes à des niveaux historiquement bas : environ 31 millions de m³ pour le BPE et moins de 300 millions de tonnes pour les granulats.

Image d'illustration de l'article via Depositphotos.com.