Le financement de la rénovation énergétique change de cap. Depuis le 1er septembre 2026, MaPrimeRénov’ réduit fortement le nombre de travaux accessibles dans son parcours par geste, tandis que les certificats d’économies d’énergie (CEE) bénéficient de nouvelles bonifications pour plusieurs équipements de chauffage et de production d’eau chaude.
Ces mesures ne relèvent pas d’un texte réglementaire unique. Elles résultent de plusieurs décrets et arrêtés publiés en août 2026, auxquels s’ajoutera, le 1er janvier 2027, une nouvelle modification du calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE).
Pour Hellio, spécialiste de la maîtrise de l’énergie, cet ensemble traduit la volonté du Gouvernement de faire de l’électrification des usages un axe central de la politique énergétique. Les conséquences sont immédiates pour les ménages, les entreprises de travaux, les délégataires CEE et les professionnels chargés d’accompagner les projets de rénovation.
Ce qui changeDepuis le 1er septembre 2026 : plusieurs équipements et travaux d’isolation sortent du parcours MaPrimeRénov’ par geste De nouvelles bonifications CEE : elles concernent notamment les chauffe-eau thermodynamiques et plusieurs équipements solaires Rénovations d’ampleur : le parcours accompagné est recentré sur les logements classés E, F ou G Jusqu’au 31 décembre 2027 : les logements F et G conservent l’accès aux travaux restant financés par le parcours par geste À partir du 1er janvier 2027 : le facteur de conversion de l’électricité dans le DPE passera de 1,9 à 1,7 |
Les CEE prennent le relais sur plusieurs équipements
Un arrêté du 17 août 2026 crée de nouvelles bonifications dans le dispositif des certificats d’économies d’énergie. Elles s’appliquent aux opérations engagées depuis le 1er septembre et concernent cinq fiches standardisées :
- BAR-TH-101 pour les chauffe-eau solaires individuels ;
- BAR-TH-148 pour les chauffe-eau thermodynamiques à accumulation ;
- BAR-TH-162 pour les systèmes associant des capteurs photovoltaïques et thermiques à circulation d’eau ;
- BAR-TH-168 pour les dispositifs solaires thermiques ;
- BAR-TH-143 pour les systèmes solaires combinés.
Pour les chauffe-eau thermodynamiques, le volume de CEE délivré est multiplié par sept au bénéfice des ménages modestes et par quatre pour les autres ménages. Pour les autres équipements concernés, les coefficients sont respectivement fixés à cinq et quatre.
Ces bonifications sont conditionnées à l’absence, après travaux, d’un équipement susceptible d’utiliser un combustible fossile pour l’usage concerné. Elles s’appliquent en France métropolitaine aux opérations engagées avant le 1er janvier 2027. Leur caractère temporaire impose donc aux professionnels de vérifier précisément la date d’engagement du chantier et les conditions de cumul des aides.
Le texte renforce parallèlement les contrôles : 20 % des opérations relevant des quatre nouvelles fiches devront être contrôlées sur le lieu des travaux et 30 % supplémentaires par contact.
MaPrimeRénov’ réduit son parcours par geste
Le décret n° 2026-822 du 25 août 2026 recentre MaPrimeRénov’ par geste sur un nombre limité d’opérations. Les nouvelles règles s’appliquent aux demandes de prime déposées depuis le 1er septembre 2026.
En France métropolitaine, plusieurs catégories de travaux ne disposent désormais plus d’un forfait dans ce parcours :
- les équipements indépendants de chauffage ou d’eau chaude sanitaire fonctionnant au bois ou avec d’autres biomasses ;
- les chauffe-eau thermodynamiques ;
- les équipements solaires thermiques de chauffage ou de production d’eau chaude sanitaire ;
- les capteurs solaires hybrides ;
- les systèmes de ventilation, dont la ventilation mécanique contrôlée double flux ;
- le remplacement des parois vitrées à simple vitrage ;
- l’isolation des rampants de toiture, des plafonds de combles et des toitures-terrasses.
Ces travaux peuvent toujours être intégrés à une rénovation d’ampleur lorsqu’ils répondent aux critères du parcours accompagné. Certains peuvent également continuer à bénéficier des CEE, sous réserve des conditions propres à chaque fiche d’opération.
Les pompes à chaleur restent financées par MaPrimeRénov’
Le parcours par geste demeure ouvert aux pompes à chaleur air/eau, géothermiques ou solarothermiques, ainsi qu’aux équipements de raccordement à un réseau de chaleur ou de froid alimenté majoritairement par des énergies renouvelables ou de récupération.
Restent également éligibles la dépose d’une cuve à fioul et la réalisation d’un audit énergétique non obligatoire. Jusqu’au 31 décembre 2027, la dépose d’une cuve à fioul doit toutefois être associée à l’installation d’une pompe à chaleur éligible ou au raccordement à un réseau de chaleur ou de froid.
Des dispositions particulières sont conservées en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte et à La Réunion. Elles concernent notamment les chauffe-eau solaires, les protections contre le rayonnement solaire ainsi que les sur-toitures et bardages ventilés.
Les logements F et G restent admis au parcours par geste
La sortie annoncée des logements classés F et G du parcours par geste est reportée. Ces logements pourront continuer à solliciter MaPrimeRénov’ pour les opérations encore éligibles jusqu’au 31 décembre 2027.
Pour ces mêmes travaux, l’obligation de fournir un DPE en France métropolitaine est également repoussée au 1er janvier 2028.
Le parcours accompagné consacré aux rénovations d’ampleur est, de son côté, recentré sur les logements classés E, F ou G avant travaux. Le guide MaPrimeRénov’ publié par l’Agence nationale de l’habitat pour septembre 2026 confirme cette condition pour l’ensemble des catégories de revenus.
Une nouvelle évolution du DPE au 1er janvier 2027
L’électrification sera également favorisée par une modification de la méthode de calcul du DPE. Un arrêté du 19 août 2026 abaissera de 1,9 à 1,7 le facteur de conversion de l’électricité en énergie primaire à compter du 1er janvier 2027.
La consommation conventionnelle d’énergie primaire diminuera mécaniquement pour les logements utilisant l’électricité. Cette évolution pourra améliorer le classement de certains biens, notamment lorsqu’ils sont chauffés par une pompe à chaleur ou par des équipements électriques.
Selon la dernière estimation publiée par le Gouvernement, environ 300.000 logements principalement chauffés à l’électricité pourraient sortir des classes F et G. Ce changement restera toutefois conventionnel : il ne modifiera ni la consommation finale du bâtiment, ni son isolation, ni directement la facture de ses occupants.
Hellio réclame un cadre stable pour les porteurs de projets
Hellio estime que le rôle croissant des CEE devra s’accompagner d’une meilleure visibilité réglementaire. La multiplication des changements de périmètre, des dates d’application et des conditions de cumul complexifie en effet le montage des dossiers pour les ménages comme pour les professionnels.
« Nous nous réjouissons que la volonté d'accélérer l'électrification soit désormais clairement assumée. Pour autant, cette stratégie doit rester pragmatique, adaptée aux réalités de chaque bâtiment, de chaque territoire et de chaque usage, en mobilisant le bon mix de solutions bas carbone. L'électrification ne doit pas non plus faire oublier un principe fondamental : l'énergie la plus vertueuse est d'abord celle que l'on ne consomme pas. Les politiques de maîtrise de l'énergie et d'efficacité énergétique doivent rester le socle de la transition, l'électrification venant les compléter et les renforcer. L'enjeu est maintenant de donner de la visibilité aux acteurs de terrain et de garantir la complémentarité entre les différents dispositifs d'aide. Les Certificats d'économies d'énergie joueront un rôle central dans cette nouvelle architecture, à condition qu'ils s'inscrivent dans un cadre stable et lisible permettant aux ménages, aux entreprises et aux collectivités territoriales d'investir en confiance », déclare Pierre-Marie Perrin, directeur des Affaires publiques et de la Communication du groupe Hellio.