Selon la première estimation publiée vendredi par le ministère de la Ville et du Logement, 379.222 logements ont obtenu un permis de construire en 2025, tandis que 274.611 logements ont effectivement été mis en chantier sur l’ensemble du territoire.
Malgré ce redémarrage, les niveaux de production restent nettement en retrait par rapport à la période d’avant-crise. Sur les cinq années précédentes, le recul atteint 8,8 % pour les permis de construire et 21,3 % pour les mises en chantier, illustrant l’ampleur du retard accumulé dans la construction de logements en France.
Ce frémissement constitue certes "une bonne nouvelle" pour l’économiste Pierre Madec, spécialiste du logement à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), mais il ne suffit pas à enrayer la pénurie.
"Depuis début 2022, il y a plusieurs centaines de milliers de logements qu'on n'a pas construits et qui manquent", rappelle-t-il.
Une crise structurelle de la construction neuve
Depuis près de trois ans, la construction de logements neufs traverse une crise profonde, alimentée par la hausse des coûts de construction, l’augmentation rapide des taux d’intérêt — qui a freiné de nombreux projets d’accession à la propriété — et la fin progressive des dispositifs de soutien à l’investissement locatif.
Face à une crise qui touche l’ensemble du secteur du logement, le gouvernement a annoncé la semaine dernière un plan qualifié "d’ambitieux", avec un objectif affiché de 400.000 nouveaux logements construits par an.
"Ce n'est pas une ambition démesurée, c'est juste une ambition de retour à la normale", souligne Pierre Madec, rappelant que ce volume de "400.000 logements correspond à la moyenne historique des 20 dernières années". L’économiste observe néanmoins "une inflexion du gouvernement" après plus d’une décennie marquée par l’absence de véritables mesures de relance de la construction.
Si les permis de construire délivrés en 2025 semblent se rapprocher de l’objectif gouvernemental, les mises en chantier demeurent très en deçà, selon ces données encore partielles.
"On ne veut pas insulter l'avenir, donc les promoteurs déposent des permis de construire pour une reprise éventuelle, mais on n'a pas augmenté nos mises en vente" de logements, explique Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI). Il avait déjà alerté sur un niveau historiquement bas des logements mis en vente entre juillet et septembre 2025.
Pour Bernard Coloos, membre du groupe logement du think tank Terra Nova, "faire 130.000 logements de plus, c'est un effort considérable", qui nécessitera du temps, une forte mobilisation du secteur et un engagement accru des élus locaux.
"Signal positif" du gouvernement
Parmi les leviers de relance, le gouvernement a intégré au projet de budget pour 2026 un nouveau dispositif d’investissement locatif, destiné à remplacer le dispositif Pinel et susceptible de porter le nom du ministre du Logement, Vincent Jeanbrun.
Ce nouveau mécanisme repose sur un "statut du bailleur privé", présenté comme une version améliorée par rapport à la première mouture budgétaire. Il vise à inciter les particuliers à investir dans le logement locatif grâce à des avantages fiscaux ciblés.
Selon Vincent Jeanbrun, ce dispositif devrait "permettre de construire près de 50.000 logements en plus par an" et générer plus de 500 millions d’euros de recettes fiscales, même si son coût à long terme n’a pas encore été évalué.
"La vraie reprise aura lieu grâce au statut du bailleur privé", estime Pascal Boulanger. Les ventes aux investisseurs constitueraient un "élément déclencheur pour lancer la construction d'immeubles", souvent bloquée tant que le seuil de 50 % de logements vendus n’est pas atteint.
Bernard Coloos partage cet optimisme prudent : "le statut du bailleur privé est indéniablement positif pour la construction neuve" et il anticipe d’en "sentir ses effets dans les mises en chantier l'année prochaine", même si l’élection présidentielle pourrait ralentir la dynamique.
Le "signal est positif" également pour Pierre Madec. "Dans les bons points, il y a le conditionnement des avantages fiscaux à des plafonds de loyers". En revanche, l’application uniforme du dispositif sur l’ensemble du territoire suscite des interrogations : "le ciblage aurait pu être meilleur", résume-t-il.
"Je ne suis pas certain que ce mécanisme suffise, même si on remplit l'objectif de 50.000 logements à des investisseurs, pour avoir 400.000 logements mis en chantier", conclut l’économiste.
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