
Avec près de 20.000 km de côtes et 947 communes littorales, la France est particulièrement exposée aux conséquences du changement climatique. Érosion, submersion marine et élévation du niveau de la mer obligent désormais les collectivités à repenser l’aménagement de leurs territoires sur le temps long.
Le décret n° 2026-803 du 20 août 2026 adopte la nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) pour la période 2025-2030. Consacrée par la loi Climat et Résilience, celle-ci devient le cadre de référence national pour anticiper et accompagner l’évolution du littoral.
Les chiffres clés de la stratégie littoralePrès de 20.000 km de côtes en France hexagonale, en Corse et dans les territoires ultramarins 947 communes littorales, dont 840 dans l’Hexagone et en Corse et 107 dans les départements et régions d’outre-mer Près de 20 % des côtes naturelles sont actuellement en recul Environ 30 km² de terres ont été perdus en cinquante ans 5 axes, 17 actions et 60 mesures composent la stratégie nationale 371 communes volontaires sont déjà engagées dans l’élaboration de cartes locales d’exposition au recul du trait de côte |
Une adaptation devenue incontournable
Selon la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), la France hexagonale et la Corse doivent se préparer à un réchauffement moyen d’environ 4 °C à l’horizon 2100. Le Gouvernement retient également, pour la planification de l’adaptation, l’hypothèse d’une élévation du niveau marin proche d’un mètre au cours des cent cent prochaines années.
Cette évolution ne touchera pas tous les territoires de manière uniforme. La géologie, les mouvements verticaux du sol, l’exposition aux vagues et aux tempêtes, les marées ainsi que la présence d’ouvrages de protection influencent fortement la vulnérabilité de chaque secteur.
La stratégie nationale vise donc à fournir aux collectivités des données fiables, des outils de planification et un accompagnement technique leur permettant de choisir une trajectoire adaptée à leur situation locale.
Accélérer la cartographie locale du recul du trait de côte
La priorité affichée consiste à accélérer l’élaboration et l’adoption des cartes locales d’évolution du trait de côte. Ces documents doivent représenter les zones susceptibles d’être exposées au recul du littoral à trente et cent ans.
Leur intégration dans les documents d’urbanisme permet aux collectivités d’anticiper les conséquences de l’érosion sur les constructions, les équipements, les réseaux et les activités économiques. Elle conditionne également la mise en œuvre de plusieurs outils prévus par la loi Climat et Résilience pour encadrer l’urbanisation et organiser progressivement la recomposition des secteurs menacés.
Un guide pratique élaboré avec le Cerema doit être publié à l’automne 2026 pour accompagner les élus et les services techniques dans la définition de leurs stratégies locales.
Cinq axes pour organiser l’action jusqu’en 2030
Approfondir et partager la connaissance
La stratégie prévoit la mise à jour de l’Indicateur national d’érosion côtière, le renforcement du Réseau national des observatoires du trait de côte et le développement de nouvelles méthodes d’acquisition et de traitement des données.
Images satellitaires, intelligence artificielle, modélisation et jumeaux numériques doivent notamment améliorer l’observation des phénomènes et la réalisation de projections intégrant l’élévation du niveau marin.
Engager les territoires dans une trajectoire d’adaptation
Les collectivités sont invitées à bâtir des stratégies locales articulant urbanisme, gestion des risques, politique foncière et programmation des investissements. Ces démarches devront être cohérentes avec la Stratégie nationale pour la mer et le littoral, le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique et les différents documents de planification territoriale.
Mobiliser plusieurs solutions d’adaptation
La SNGITC encourage le recours aux solutions fondées sur la nature, notamment la restauration des dunes, la renaturation des espaces littoraux et la reconstitution de milieux capables d’atténuer l’effet des vagues.
Elle soutient également les projets de recomposition spatiale, qui peuvent conduire à déplacer progressivement des logements, des équipements ou des activités trop exposés. La création ou le maintien d’ouvrages tels que les digues et les enrochements devra, de son côté, être apprécié au regard de leurs coûts, de leur durée de vie et de leurs effets sur les secteurs voisins.
Former et sensibiliser les acteurs
La formation des élus et des techniciens doit être renforcée afin de faciliter l’appropriation des données scientifiques et des outils réglementaires. L’État entend également développer la culture du risque auprès du grand public.
L’application « Le littoral de ma commune », développée avec le Cerema, a ainsi vocation à permettre à chaque citoyen de consulter les principales données relatives à l’évolution du trait de côte, aux enjeux locaux et aux démarches d’adaptation engagées dans sa commune.
Mieux mobiliser les financements existants
Le cinquième axe porte sur la mobilisation des financements publics déjà disponibles, parmi lesquels le Fonds vert et plusieurs dispositifs européens. Les opérateurs de l’État devront accompagner les collectivités dans l’identification de ces ressources et le montage de leurs projets.
La stratégie ne crée toutefois pas, à ce stade, de nouvelle enveloppe nationale spécifiquement réservée à l’adaptation du trait de côte. La capacité des territoires à financer les opérations de recomposition spatiale, souvent longues et coûteuses, restera donc un enjeu central de sa mise en œuvre.
Un nouvel indicateur national fondé sur 126.000 profils
Publié sur GéoLittoral, l’Indicateur national d’érosion côtière 2026 s’appuie sur environ 126.000 profils répartis tous les cinquante mètres. Il compare des photographies aériennes anciennes et récentes pour mesurer l’évolution du rivage sur plusieurs périodes.
Les résultats indiquent qu’environ 20 % des côtes naturelles sont en recul. En intégrant les secteurs dont la position est maintenue par des ouvrages, 27,6 % du littoral est concerné. Cette proportion atteint 50,1 % sur les secteurs de plage.
L’analyse nationale ne met cependant pas en évidence une accélération uniforme de l’érosion sur l’ensemble du territoire. Près de la moitié des profils de plage changent même de tendance selon les périodes observées. L’indicateur constitue donc un outil de connaissance et d’aide à la décision, mais il doit être complété par des études locales avant la définition d’un projet d’aménagement ou de protection.
« Vivre avec le recul du trait de côte »
La nouvelle stratégie traduit une évolution de l’approche publique : il ne s’agit plus uniquement de défendre systématiquement le littoral par des ouvrages, mais d’apprendre à vivre avec son évolution. Selon les caractéristiques des territoires, les réponses pourront associer protection, adaptation des bâtiments, renaturation, maîtrise foncière ou relocalisation progressive.
Pour Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature : « Nos littoraux sont déjà confrontés aux effets du changement climatique. Nous devons donc donner aux collectivités les connaissances, les outils et les moyens nécessaires pour anticiper ces évolutions et prendre les bonnes décisions au bon moment. Cette stratégie doit leur permettre de construire, avec l’ensemble des acteurs concernés, des réponses adaptées à chaque territoire. »
Le déploiement effectif de cette stratégie dépendra désormais de l’adoption des cartes locales, de leur traduction dans les documents d’urbanisme et de la capacité des collectivités à programmer et financer leurs opérations d’adaptation.