L’absence de lisibilité budgétaire et les enjeux de réduction de déficits publics ont « plombé » la dynamique de sortie de crise amorcée en 2024. L’environnement géopolitique, avec la guerre douanière déclenchée par Trump au premier semestre ou encore les conflits armés au Moyen-Orient et en Ukraine, ont rajouté des tensions notamment sur les marchés financiers, mettant ainsi un terme à la séquence de baisse des taux enclenchée en janvier 2024. En d’autres termes, l’année 2025 a concentré un niveau d’incertitudes et de « stress » économiques particulièrement élevé, peu propice au développement de l’investissement constructif des ménages, des entreprises et des collectivités locales.
Dans ce contexte de sortie de crise hésitante et discordante, les matériaux de construction, en amont de la filière, devraient encore afficher un recul d’activité en 2025. Malgré un début d’année plutôt encourageant, le secteur des granulats enregistrerait un nouveau repli de sa production (- 1,5%), laissant les volumes autour de 300 millions de tonnes, niveau le plus bas jamais atteint depuis plus de 40 ans. Quant aux livraisons de béton prêt à l’emploi (BPE), après avoir plongé de 11% en 2024, elles céderaient encore 4% cette année pour atteindre 32 millions de m3. Au total, sur les quatre dernières années, la chute d’activité en volume ressort à -21% pour le BPE -15% pour les granulats ! Bien que lent, graduel et inégal, le processus de redressement de l’activité constructive reste toutefois engagé, notamment dans le logement. Il pourrait enfin permettre une stabilisation, voire une légère hausse, des productions de BPE en 2026. Mais côté granulats, la baisse d’activité attendue dans les travaux publics en cette année électorale pèserait sur la demande et se pourrait se solder par un nouveau repli de l’activité comparable à 2025.
2025 : les volumes de production de BPE et granulats n’ont jamais été aussi faibles !
En dépit d’un contexte politique peu porteur, l’année 2025 a toutefois bénéficié de facteurs plutôt favorables au redressement du marché immobilier. Après avoir baissé de 80 points de base en 2024 (à 3,31% en décembre[1]), les taux des crédits à l’habitat ont de nouveau reculé pour se stabiliser en dessous de 3,1% cet été. Ces conditions, couplées à une offre bancaire volontariste, ont continué d’alimenter une demande en logements notamment dans le segment de la maison individuelle, porté de surcroît par la mise en place, depuis avril 2024, du nouveau dispositif du Prêt à Taux Zéro (PTZ) amélioré et étendu à l’ensemble du territoire. Le réveil des ventes de maisons individuelles, qui avaient atteint un point bas en 2024, s’est amplifié en 2025 et s’est traduit par un rebond des permis et des mises en chantier. A fin octobre, et en cumul depuis janvier, le nombre de logements individuels autorisés progresse de 13,7% sur un an (dont + 19,7% sur les trois derniers mois connus, données CVS-CJO) ; dans le même temps, le nombre de mises en chantier grimpe de 6,8% (dont + 26,9% au cours des trois derniers mois, en glissement annuel). Mais avec à peine plus de 100.000 unités commencées et 131.000 permis sur douze mois à fin octobre, les niveaux restent encore très en dessous de leur moyenne de ces vingt dernières années (- 46% et – 37% respectivement) ! Du côté du logement collectif, le plan de relance d’Action Logement-CDC Habitat en 2024 (rachats de logements aux promoteurs) a permis de dynamiser les ventes et les mises en chantier mais le contrecoup se profile et des inquiétudes se font jour en l’absence d’un relais pris par les particuliers. Le marché de l’accession reste moribond et peine à décoller tandis que celui de l’investissement locatif s’est effondré depuis la fin du dispositif Pinel en décembre 2024. Ainsi, selon la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI), les particuliers investisseurs désertent le marché : leurs achats ne représentent plus qu’une opération sur cinq en 2025 contre une vente sur trois en 2024 et près d’une vente sur deux en moyenne depuis le début du dispositif Pinel (2015- 2023) !
Du côté des travaux publics, l’année 2025 aurait dû être marquée par une accélération des chantiers à un an des échéances électorales. Mais les inquiétudes budgétaires et politiques des collectivités ont pesé négativement dans l’arbitrage des derniers projets. Si l’activité des TP a plutôt bien résisté au cours des premiers mois, les signaux de ralentissement n’ont en effet pas tardé à apparaître, tant du côté des travaux réalisés que des prises de commandes. Les investissements privés et publics de ce cycle, davantage tournés vers des projets d’infrastructures des grandes métropoles (transports urbains, énergie...) que vers des travaux routiers auront finalement peu dynamisé l’activité des granulats. En dépit d’une légère amélioration au premier semestre 2025, la production de granulats n’aura finalement affiché aucune hausse sur toute la durée de ce cycle municipal. Cette situation plutôt inédite peut aussi s’expliquer par le développement de l’économie circulaire, une partie des besoins de granulats sur les chantiers TP étant captée par le recyclage des matériaux (directement sur site ou via les granulats de recyclage issus du traitement des déchets de démolition ou encore via les fraisats d’enrobés). Un calcul simple permet de montrer qu’en 2024, on produisait 1,3 million de tonnes de granulats pour un milliard d’euros d’investissement en construction contre 1,9 en 2000, soit 33% de moins ! Depuis 25 ans en effet, ce ratio est sur une tendance baissière. Et dans le même temps, le poids de l’investissement en construction dans le PIB a reculé de 18%... Des chiffres qui montrent que non seulement notre économie est de moins en moins constructive mais aussi qu’elle sollicite de moins en moins l’extraction de granulats dans la construction.
2026 : des besoins en matériaux encore très contraints
Les inquiétudes en cette fin d’année 2025 restent importantes, notamment sur le plan politique où le vote d’un budget reste primordial pour la stabilité gouvernementale. Le contenu précis du futur projet de loi de finances pour 2026 est évidemment déterminant pour la suite, notamment en ce qui concerne l’ampleur et la cible des économies budgétaires nécessaires pour réduire le déficit mais aussi les choix et arbitrages de politique publique. A ce titre, la mise en place de mesures de soutien de l’investissement locatif par exemple (dispositif du statut de bailleur privé) est très attendue par les acteurs de la construction pour relancer le segment du collectif et ainsi redynamiser le mouvement de reprise du secteur résidentiel. De même, l’ampleur des ajustements budgétaires imposés aux collectivités locales pour les années à venir dictera largement leurs futures dépenses d’équipement qui pèsent pour 43% dans le total de l’activité des travaux publics. Confrontés à un flou politique et fiscal et à l’instabilité de la réforme des retraites, les ménages peinent aussi à se projeter dans l’avenir et privilégient l’épargne financière à l’investissement immobilier. Leurs projets d’achat immobilier, scrutés par les enquêtes de l’INSEE, n’ont certes pas disparu mais fluctuent beaucoup au gré des vicissitudes conjoncturelles. En ce sens, le retour d’une sérénité politique et d’une stabilité gouvernementale apparaît incontournable pour restaurer la confiance des agents économiques, un apaisement d’autant plus nécessaire compte tenu de l’agenda électoral qui se profile ces deux prochaines années (élections municipales puis présidentielle en 2027).
Pour l’heure, le marché de la maison individuelle bénéficie toujours de la fermeté de la demande des ménages : en octobre, les ventes des trois derniers mois progressaient encore de 38% sur un an. Partant de très bas, elles pourraient croître de 34% en 2025 et se hisser à 68.000 unités (contre une moyenne de longue période autour de 110.000) selon Markemétron. Le besoin de rattrapage d’une demande non-satisfaite ces dernières années, conjugué au soutien du PTZ et à des taux de crédit immobilier plutôt stabilisés, permettent encore de capter une clientèle de primo-accédants ; tandis que le reste du marché de l’accession manque toujours de ressort et que la remontée des prix immobiliers depuis quelques mois grignote la solvabilité des futurs propriétaires.
Le raffermissement de l’activité constructive en 2026, en réponse au redressement des surfaces autorisées et commencées observé en 2025 dans le résidentiel et, plus modestement, dans le nonrésidentiel devrait donc à terme soutenir la demande de BPE. La diffusion aux matériaux dépend évidemment des délais qui s’écoulent entre les dépôts de permis, les mises en chantier et le début effectif des travaux, ces derniers pouvant aller de six mois à près de deux ans selon le type de bâtiment et la nature du chantier. C’est pourquoi les volumes de BPE produits pourraient a minima se stabiliser, voire légèrement progresser en 2026 sans toutefois dépasser les 33 millions de m3, les besoins en béton de la part des TP étant appelés à se modérer.
En effet, peu de bonnes nouvelles sont à attendre du côté des travaux publics dont l’activité devrait se contracter d’environ 3% en volume en 2026 selon les prévisions de la FNTP. Si les dépenses d’équipement du secteur privé (32% de la clientèle des TP) pourraient légèrement progresser, en lien avec la hausse de l’activité du logement neuf, celles des grands opérateurs (22%) se stabiliseraient. En revanche, la fin du cycle électoral conjugué au contexte de consolidation budgétaire se traduirait l’an prochain par une contraction sensible des chantiers initiés par l’Etat et les collectivités locales (46% du marché TP). Les matériaux pâtiraient donc de la contraction d’activité dans les travaux publics et même s’il est prévu que la demande de granulats à destination du BPE se redresse, sa production devrait au mieux stagner, voire à nouveau se replier en 2026.
[1] : Source : Observatoire du Crédit Logement/CSA – Taux moyen de crédit immobilier aux particuliers du secteur concurrentiel
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