La limitation des émissions de formaldéhyde devient un enjeu réglementaire et industriel pour les fabricants de panneaux de bois, de meubles et d’éléments d’aménagement intérieur. Depuis le 6 août 2026, l’entrée 77 de l’annexe XVII du règlement européen REACH fixe de nouvelles conditions de mise sur le marché.
Cette évolution intervient alors qu’une étude OpinionWay pour Evertree fait apparaître une forte demande d’information sur les substances susceptibles d’être émises par les meubles. Cette deuxième vague, après une première enquête réalisée en 2022, a été menée en ligne les 29 et 30 avril 2026 auprès de 1.006 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
Les chiffres clés de l’étude74 % des Français se disent préoccupés par la qualité de l’air dans les lieux qu’ils fréquentent 81 % des répondants jugent importante la toxicité des composants lors de l’achat d’un meuble 67 % se déclarent prêts à payer davantage pour un meuble n’émettant pas de substances toxiques 81 % souhaitent rendre obligatoire l’étiquetage des meubles selon leurs émissions de composés organiques volatils 86 % sont favorables à la généralisation des résines adhésives végétales présentées comme n’émettant pas de COV |
Une préoccupation particulièrement forte chez les jeunes adultes
D’après le sondage OpinionWay pour Evertree, 74 % des Français se déclarent préoccupés par la qualité de l’air intérieur dans les lieux qu’ils fréquentent. Cette proportion atteint 79 % parmi les femmes et 92 % chez les personnes âgées de 18 à 24 ans.
Ce résultat porte sur différents lieux clos, notamment les transports, les bureaux, les commerces, les restaurants et le logement. Dans le détail, 43 % des répondants se disent préoccupés par la qualité de l’air à leur domicile.
Les meubles restent cependant moins fréquemment identifiés comme une source de pollution intérieure que les produits d’entretien, les peintures, les bougies ou les revêtements de sol. Seuls 24 % des répondants les citent parmi les principales sources potentielles.
La composition des meubles devient un critère d’achat
Au-delà du prix, 81 % des personnes interrogées considèrent la toxicité des composants — peintures, solvants ou résines — comme un critère important lors de l’achat d’un meuble. Ce taux dépasse ceux associés à la fabrication française, citée par 74 % des répondants, et à l’impact environnemental, mentionné par 70 %.
La solidité, la qualité et le confort demeurent néanmoins les premiers critères, chacun étant jugé important par 94 % des personnes interrogées. Le design et l’esthétique arrivent ensuite, avec 88 %.
L’enquête fait également ressortir des attentes concernant la chaîne d’approvisionnement et les conditions de production :
- 72 % jugent important que les matières premières proviennent de pays européens ;
- 72 % accordent de l’importance aux conditions de fabrication ;
- 70 % prennent en compte l’utilisation de ressources renouvelables ;
- 67 % se disent prêts à payer davantage pour un meuble n’émettant pas de substances toxiques dans leur intérieur.
Pour les fabricants et les marques d’ameublement, ces résultats suggèrent que la composition des produits et la qualité de l’air intérieur peuvent devenir des facteurs de différenciation, au même titre que la provenance, la qualité ou l’empreinte environnementale.
Une forte demande d’étiquetage des émissions
Selon l’étude, 81 % des Français souhaitent rendre obligatoire l’étiquetage des produits d’ameublement en fonction de leurs émissions de composés organiques volatils (COV), contre 19 % qui préfèrent un dispositif optionnel.
L’article L. 221-10 du Code de l’environnement prévoit que les produits de construction et d’ameublement ainsi que les revêtements muraux et de sol, peintures et vernis émettant des substances dans l’air ambiant soient soumis à une obligation d’étiquetage de leurs émissions en polluants volatils[1].
Si l’étiquetage est appliqué aux produits de construction et de décoration depuis 2012, sa mise en œuvre pour les produits d’ameublement demeure suspendue aux textes réglementaires nécessaires. L’attente exprimée dans le sondage porte donc sur l’application concrète d’un principe déjà inscrit dans la législation.
Plus largement, 76 % des répondants considèrent que les pouvoirs publics n’agissent pas suffisamment contre l’utilisation de produits toxiques dans la fabrication des meubles. Par ailleurs, 89 % estiment disposer de peu d’informations fiables sur la qualité de l’air intérieur.
REACH limite désormais les émissions de formaldéhyde
Depuis le 6 août 2026, le règlement européen REACH interdit la mise sur le marché de meubles et d’articles à base de bois lorsque leurs émissions de formaldéhyde dépassent 0,062 mg/m³, selon les conditions d’essai prévues par le texte européen[2].
Cette restriction concerne directement les fabricants de panneaux de bois et d’ameublement. Le formaldéhyde peut notamment provenir des résines adhésives utilisées pour assembler les fibres ou particules entrant dans la composition des panneaux.
Pour la filière, l’enjeu consiste à adapter les formulations et les procédés industriels tout en maintenant les performances mécaniques, les cadences de production et la maîtrise des coûts. Cette transition intervient par ailleurs dans un environnement marqué par la volatilité des matières premières fossiles, la hausse des coûts énergétiques et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Des adhésifs végétaux proposés comme alternative
Commanditaire de l’étude, Evertree développe depuis 2016 des adhésifs végétaux destinés à la fabrication de panneaux de bois. L’entreprise présente ces solutions comme une alternative aux résines pétrosourcées contenant du formaldéhyde.
Selon Evertree, ses adhésifs biosourcés permettraient :
- de réduire jusqu’à 80 % l’empreinte carbone des résines ;
- de recourir à des ressources agricoles françaises ;
- de conserver des performances mécaniques compatibles avec les lignes de production actuelles ;
- de répondre aux restrictions REACH applicables depuis août 2026 et aux exigences E0.5 relatives au formaldéhyde.
Ces performances sont communiquées par l’entreprise et devront être appréciées en fonction des formulations, des panneaux fabriqués, des conditions industrielles et des méthodes d’évaluation employées.
« Pendant longtemps, les alternatives sans formaldéhyde étaient perçues comme des solutions d’avenir ; elles sont aujourd’hui des solutions industrielles opérationnelles. Les fabricants de panneaux et de meubles doivent répondre aux enjeux réglementaires et aux attentes des consommateurs. Nos adhésifs leur permettent de concilier ces enjeux, tout en maitrisant leurs coûts et en sécurisant l’approvisionnement de leurs matières premières. » déclare Pierre Tabbagh, Directeur général d’Evertree.
[1] Article L. 221-10 du Code de l’environnement relatif à l’étiquetage des émissions en polluants volatils des produits de construction, d’ameublement et de décoration.
[2] Règlement (UE) 2023/1464 de la Commission du 14 juillet 2023 modifiant l’annexe XVII du règlement REACH concernant le formaldéhyde et les substances libérant du formaldéhyde.